4.5 Synthèse

Partie 1

Avant de faire des recherches sur l’architecture, l’urbanisme et le patrimoine, d’abord regardez les vidéos dans la liste ci-dessous et répondez aux questions de compréhension. Vous présenterez vos réponses à la classe.

Groupe A

Urbanisme : à quoi ressemblera Paris en 2050 ?

Issu de TV5Monde

Transcription

Présentateur : Paris, ville lumière, deviendra-t-elle bientôt Paris la Verte en matière d’environnement ? La capitale française aimerait en tout cas montrer l’exemple, mais comment faire concrètement pour réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre ? Un architecte belge propose un projet baptisé Paris Smart City 2050. Le principe, c’est de faire de Paris une ville couverte de tours énergétiquement autonomes et couverte de végétation. Les images, vous allez le voir, font rêver, mais ce projet a-t-il la moindre chance de voir le jour ? Bonsoir Vincent Callebaut, merci d’être avec nous. C’est donc vous qui êtes à l’origine de ce projet, vous êtes architecte. Avec nous également Francesco Bandarin, également architecte, urbaniste, bienvenue à vous également. Vous avez longtemps travaillé à l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture. Vincent Callebaut, vous avez fait la une des journaux français ces derniers jours pour votre projet baptisé Paris Smart City 2050. Au-delà de ces très belles images, au-delà de ces croquis très forts de cette ville verte, quel est le fond de votre projet ? En quoi consiste-t-il ?

Callebaut : Le but du projet Paris Smart City 2050 est d’inventer le Paris intelligent de demain qui va pouvoir assurer la transition énergétique de la capitale française et qui va pouvoir répondre à la crise du logement chronique de la ville. Le but est de concevoir 8 prototypes de tours autosuffisantes en énergie ou même énergie positive qui visent sur la solidarité énergétique. C’est-à-dire que ces tours produisent plus d’énergie électrique, calorifique ou même alimentaire qu’elles n’en consomment et le surplus énergétique est redistribué aux tissus haussmanniens existants pour faire en sorte d’inventer la ville post-carbone, post-fossile, post-nucléaire de demain.

Présentateur :
Jusque-là, tout le monde sera d’accord avec vous, en tous les cas pour sauver la planète, mais quelle est la nécessité de révolutionner à ce point l’architecture d’une ville historique comme Paris ? Pourquoi ces lignes futuristes ? Pourquoi par exemple ces formes arrondies ? Pourquoi ces hauteurs aussi, cette verticalité ?

Callebaut :
Nous avons proposé une architecture qui tire son intelligence du biomimétisme. Le biomimétisme, c’est le fait d’analyser comment fonctionnent les écosystèmes et de faire en sorte que la ville, finalement, soit capable de recycler ses propres déchets, de transformer ses déchets en ressources naturelles, de suivre la course du soleil, de respecter le sens des vents dominants, pour finalement dessiner des projets qui soient sculptés en fonction des données bioclimatiques et ainsi d’inventer une architecture qui limite la facture énergétique. Le but est véritablement d’inventer des nouveaux types de tours, dans ce cas-ci, des nouvelles typologies d’immeubles de grande hauteur qui soient principalement à moitié de bureaux et à moitié de logements. Ainsi, sans intégration des énergies renouvelables et sans l’intégration des règles du bioclimatisme, rien que par cette multifonctionnalité et cette programmation multiculturelle, on arrive à baisser de 50% la consommation énergétique.

Présentateur :
Francesco Bandarin, vous êtes convaincu ?

Bandarin :
Écoutez, j’apprécie beaucoup toujours les explorations des architectes. C’est important de faire de la recherche. D’ailleurs, ça s’inscrit dans une longue tradition. Je me souviens de la ville radieuse de Le Corbusier qui avait été placée au cœur de Paris, mais c’était plutôt un manifesto, c’était plutôt une façon de poser un problème. Justement, notre ami architecte le pose. Il y a un problème d’énergie, il y a un problème de durabilité de la ville, le recyclage et tout ça. Ce sont des thèmes très importants, très sérieux. Évidemment, il faut faire le compte avec l’histoire et aussi avec ce que les citoyens veulent. Je pense que Paris a une forme très définie au cours des siècles, évidemment au XIXe, c’est une ville du XIXe, mais c’est la plus belle, la plus importante de ces exemples. Je pense qu’avant de la transformer de façon tellement radicale, il faudra réfléchir profondément.

Présentateur :
Mais vous vous dites que Paris doit rester une ville horizontale. Pourquoi ?

Bandarin :
Parce que c’est une ville horizontale. Oui, il y a évidemment deux ou trois éléments verticaux, tout est fait, deux ou trois choses, mais c’est une ville horizontale d’ailleurs avec une grande homogénéité parce que Haussmann l’avait évolué comme ça, à six étages, 30, 30, 30, entre 30 et 35 mètres. Donc, cette caractéristique qui est très rare et d’ailleurs fragile, pensez à ce qui se passe à Londres, Londres a été complètement détruite par la succession d’événements architecturaux et aujourd’hui, il y a beaucoup de monde qui regrette ça.

Présentateur:
Mais cette horizontalité, Francesco Bandarin, beaucoup de spécialistes disent qu’elle est un des facteurs aussi aggravant que ça pollue, ça augmente les déplacements.

Bandarin:
Non, c’est le contraire. Paris est une ville très dense, c’est une des villes les plus denses en Europe. Et pourquoi ? C’est une ville compacte. Mais c’est ça la direction que les études et même les politiques internationales prennent, faire des villes, pas des villes éparpillées et pavillonnaires, c’est évidemment le contraire, parce que ça compte beaucoup d’énergie. Donc, l’antimodèle, c’est la ville compacte. Et Paris est la ville compacte par définition. C’est une ville qui a une densité supérieure à New York, par exemple.

Présentateur :
Vincent Callebaut, il y a un paradoxe, on a le sentiment que c’est un tabou en France, pas seulement, mais en tout cas en France. Expliquez-nous comment il est possible qu’à Paris, la tour soit synonyme de désastre social et urbain, j’exagère volontiers le trait, alors qu’à New York ou à Dubaï, pour ne citer que ces deux villes, c’est un symbole de luxe et de modernité.

Callebaut :
Je crois que c’est une question d’éducation. Depuis l’après-guerre, on a vendu, par exemple, à la génération de mes parents, le rêve de travailler à la défense dans un quartier monofonctionnel et de vivre dans un pavillon quatre façades avec un jardin individuel. Donc effectivement, nous avons un Paris qui est très horizontal, qui est très énergivore, qui est basé sur l’expansion des modes de transport, public ou privé, qui vient finalement nous asphyxier. On l’a vu l’année dernière avec les pics de pollution au mois de mars 2014. Et les Parisiens ont été traumatisés par la construction durant les années 70, notamment la tour Montparnasse, qui est une tour monofonctionnelle qui est plantée seule dans le paysage haussmanien. Donc ça, je comprends tout à fait que tous les Parisiens aient rejeté ce modèle urbain. Mais il faut savoir aujourd’hui qu’on est capable de faire des tours multifonctionnelles, de logements et de bureaux qui viennent intégrer un maximum de services pour les Parisiens et qui sont très intelligents sur le plan technique, sur le plan énergétique.

Présentateur :
Mais sur l’argument culturel et historique, que répondez-vous ?

Callebaut :
Sur l’argumentation culturelle et historique, moi je pense justement, et c’est tout le challenge qu’on a notamment avec UNESCO, c’est de ne pas travailler les uns contre les autres, mais travailler les uns avec les autres pour garder le patrimoine historique qui fait l’identité de la ville de Paris et essayer de la lancer vers cette transition énergétique de 2050 qui promet les 75% en moins de gaz à effet de serre.

Présentateur :
Alors, c’est un sujet qui revient beaucoup en ce moment, on le disait sur le devant de l’actualité. Oui, Demain, revue pour changer d’époque dont nous avions déjà parlé sur TV5Monde, la voici, évoque le sujet Tokyo-Singapour, les fermes gratte-ciel mangent la ville avec près de 60% de l’humanité dit le magazine, confinée dans les villes. Seule une agriculture urbaine verticale pourra répondre aux besoins alimentaires des métropoles surpeuplées. C’est un reportage en Asie, donc, à la rencontre des nouveaux urbaculteurs. Vous, vous parlez de ces fermes verticales, de quoi s’agit-il ?

Callebaut :
Effectivement, nous, depuis 5 à 6 ans, nous concevons ce qu’on appelle les farmscrapers, c’est-à-dire des tours de logements et de bureaux qui viennent rapatrier le modèle agricole au cœur de la ville sous forme de fermes qui viennent s’étager à la verticale où l’on retrouve des balcons potagers individuels et des vergers communautaires. Le but est de réinventer l’innovation sociale en créant des lieux de rencontre où les Parisiens pourront travailler ensemble la terre, cultiver eux-mêmes leur propre alimentation biologique se transformant donc en agriculteurs. Et cela vient s’inscrire dans la logique notamment du mouvement des locavores, dans le succès des amapes, où on se dit, pourquoi est-ce qu’on ne produirait pas sur place ce que l’on consomme pour effectivement polluer moins et toujours avoir en perspective de passer d’une économie linéaire qui produit, qui consomme et qui jette, à une économie circulaire qui recycle tout ce qu’elle produit, tout ce qu’elle consomme.

Présentateur :
Francesco Bandarin, ce n’est pas la première fois, vous le disiez tout à l’heure, qu’on a ce genre de projet comme ça qui émerge dans le débat public. On pense notamment à tous ces projets de grandes tours, ces grandes dalles, ça n’a pas toujours très bien marché quand ça a été mis en place. Comment vous l’expliquez ?

Bandarin :
Je pense que les tours ont une fonction, il ne faut pas être contre les tours par principe. Je pense surtout du côté, pas du côté résidentiel, mais plutôt du côté du bureau. La Défense est la preuve de ça. Les tours, il faut les mettre groupés et dans un endroit où le trafic et tout le reste peuvent être bien gérés. L’erreur, c’est de les mettre éparpillés ici, là, dans la ville. D’ailleurs, c’est ce qui s’est passé à Londres.

Présentateur :
Vous craignez quoi, une ville musée, c’est ça en fait ?

Bandarin :
Non, c’est une ville patrimoine. C’est une ville patrimoine, c’est ce que les citoyens veulent, même les politiques.

Présentateur :
Ce que je veux dire, c’est que beaucoup reprennent justement, on va vivre dans des villes musées et on va rester en arrière.

Bandarin :
Paris n’est pas une ville musée, une ville qui évolue. Il y a beaucoup de dynamisme, même de construction de bâtiments. Ce n’est pas une ville figée, mais c’est une ville qui garde son aspect patrimonial parce que c’est une grande valeur. Les gens viennent à Paris pour voir Paris. Paris est la ville la plus touristique du monde. Pourquoi ? Parce que les gens veulent voir cette beauté qui est la ville de Paris. Donc, il faut garder ça. C’est une valeur économique, mais aussi patrimoniale. Moi, je pense que ça doit être mis à l’intérieur du débat.

Présentateur :
Est-ce qu’il y a selon vous un vrai risque ? Vous qui venez de Venise en Italie, il me semble, est-ce qu’il n’y a pas un risque de voir des villes historiques comme la vôtre, vidées de ses habitants, et que Paris prenne le chemin entre ses grandes cités ?

Bandarin :
C’est un risque. Le tourisme peut créer des problèmes. Même à Paris, pas seulement à Venise. Il y a eu des transformations liées au tourisme ici à Paris qui sont moins visibles, mais qui sont évidemment à gérer. Et d’ailleurs, la ville et la commune en sont conscientes. Mais, en même temps, s’il y a des valeurs qui sont définies par la société, par la communauté, par les politiques, comme valeurs importantes, il faut les respecter et essayer de trouver un compromis. Dans l’urbanisme, il n’y a pas les blancs et noirs.

Présentateur :
Est-ce que votre projet a des chances, sincèrement, de voir le jour ? Quand on voit ces photos, on se dit qu’on est encore loin ?

Callebaut :
Le but du projet était avant tout de dresser les perspectives d’évolution, de l’intégration de ces immeubles de grande hauteur dans un tissu patrimonial. Et effectivement, le but était de créer le débat, mais non pas un débat destructeur comme on l’a pu connaître l’année précédente, mais un débat constructif qui fasse en sorte que les architectes, les urbanistes, ceux qui s’occupent du patrimoine et les Parisiens eux-mêmes participent à la construction du futur Paris, de savoir comment est-ce qu’on va pouvoir y habiter, comment est-ce qu’on va pouvoir s’y déplacer. Moi, je fais partie, par exemple, de la génération des trentenaires où on a effectivement du mal à trouver un prix plus ou moins normal, une accessibilité au logement. Et donc, on se pose ces questions. Est-ce que la ville, finalement, ne doit pas être un mix entre une ville patrimoniale, une ville verticale qui vient s’organiser intelligemment autour de la multifonctionnalité et des côtés multiculturels ? Et surtout, on ne veut pas construire des quartiers de tours monofonctionnels comme, par exemple, à la Défense, qui sont hyper énergivores, monofonctionnels, qui n’accueillent que 20 % de logements et qui, finalement, ne représentent pas un modèle urbain pérenne.

Présentateur :
Francesco Bondarini, vous avez évoqué Londres qui, pour vous, est un cas d’école. Vous le disiez. Que faire, à votre avis ? Alors, comment concilier l’environnement et aussi préserver un patrimoine historique et culturel ?

Bandarin :
Il y a un problème, évidemment, de rendre compatibles certains objectifs dans ces questions. Je suis d’accord. Il y a un problème des crises de logements. Les prix sont impossibles. Peut-être qu’il y a moins d’espace pour les bureaux, tout ça. Mais là, il faut étudier la ville. C’est un travail très fin qu’il faut faire parce qu’il y a possibilité de faire de densification dans une ville comme Paris-Les Grandes. Et en plus, il ne faut pas la considérer seulement intramuros. C’est une ville avec un énorme banlieue.

Présentateur :
Mais n’oublions pas que tout ça se joue alors qu’il y a le projet du Grand Paris.

Bandarin :
Il faut regarder le Grand Paris. Si on regarde Paris seulement à l’intérieur du périphérique, on ne va pas trouver des solutions. Il faut la regarder dans l’ensemble. D’ailleurs, c’était ça la logique du Grand Paris qui avait été lancée il y a quelques années. Je trouve avec des propositions très intéressantes qui sont sorties.

Présentateur :
Le débat ne fait que commencer pour ces clés de réflexion. Merci à tous les deux d’être venus sur le plateau de 64 minutes.

  1. Quel est le but du projet « Paris Smart City 2050 » ? Soyez précis.
  2. Comment est-ce que l’architecte pense atteindre ce but ?
  3. Comment définit-il la ville de demain (« post-… ») ?
  4. Pourquoi avait-il le besoin d’utiliser une architecture radicalement différente de l’architecture typiquement haussmannienne ?
  5. Comment est-ce que le concept de bio-mimétisme est appliqué pour une ville ?
  6. Comment baisser de 50% la consommation énergétique de Paris ?
  7. Que disent les différentes personnes sur la notion de ville horizontale ?
  8. Quel est le paradoxe de la tour entre Paris et des villes comme New York et Dubaï et pourquoi ce rejet de la tour par les Parisiens ?
  9. Quel est le défi de l’architecte de Paris Smart City par rapport au patrimoine historique de Paris et de la transition environnementale ?
  10. Que sont les fermes gratte-ciels et quel est leur but ? Dans quel type d’économie s’intègrent-elles ?

Groupe B

Regardez la vidéo, « Architecture et Design au Sénégal – Corbeilles de rue et lit d’hôpital » jusqu’à 8’28 et puis discutez les questions qui suivent.

Transcription

Thiam : Bon, je produis énormément en architecture et en urbanisme. Je suis enseignant aussi, j’enseigne l’architecture. Et en fait, donc vous disiez comment je suis rentré dans…

Présentateur : Comment vous faites pour allier les deux ?

Thiam : En fait, il faut un emploi du temps assez strict et une organisation draconienne. Par contre, ce n’est pas très difficile puisque, vous savez, tout est lié. À l’école d’architecture, on nous disait, si vous voulez dessiner un hôpital, par exemple, il faut connaître les trajets. Est-ce que la salle d’opération doit être proche de la salle de ceci, cela ? Donc, c’est limite s’il ne faut pas faire un peu de médecine pour pouvoir dessiner un hôpital correctement. Donc, c’est une manière de montrer que tout est lié. Et une fois qu’on fait architecture, on est obligé de toucher un petit peu à tous les secteurs.

Présentateur : Alors, à part ce lit-là, quelles sont ces autres inventions, en tout cas, qui vous rendent plus de fierté ?

Thiam : Déjà, on peut s’arrêter un peu sur le lit. Voilà, donc là, on voit les images un peu de la fabrication, donc à l’atelier de ce qu’on appelle Oustazgué. Alors là, ce lit, par contre, il a été entièrement conçu par un monsieur Seng. Moi, comme vous le dites, j’ai juste essayé de le mettre en concrétisation. Donc ça, c’est le deuxième prototype avec des formes plus arrondies, plus accessibles, plus conformes au milieu médical et avec des manivelles mécaniques qui permettent de monter et baisser le sommier et aussi de changer l’angle du dossier. Donc, ce lit, c’est une philosophie. Regardez, un lit d’hôpital fabriqué localement par nos ouvriers locaux. Il n’y a rien de compliqué dedans. Il coûte à peu près 250 000 francs et il pourrait alimenter énormément d’hôpitaux, de centres de santé. Et donc, nous, je le dis radicalement, on lutte contre l’importation des lits qui coûtent des millions, alors que nous, on pourrait les faire chez nous. Et notre objectif, c’est de lancer ce lit-là. Non pas de faire des appels à des aides ou quoi que ce soit. Nous, on ne cherche pas d’aide. On veut que les gens soient justes, que ce lit soit commandé et qu’on puisse passer à la version supérieure, la mise à jour, je dirais, comme on dit dans le monde informatique, pour avoir quelque chose d’automatisé avec quand même des fonctionnalités. Puisque celui-là, il est très simple. Il ne nécessite ni électricité.

Présentateur : Alors, est-ce que vous avez déjà approché certains responsables de nos structures sanitaires hospitalières, par exemple, pour leur vendre ce produit-là ? Parce qu’on sait que dans beaucoup de structures sanitaires, il y a un réel déficit de matériel.

Thiam : Alors, ça, c’est notre grand casse-tête. Malheureusement, au Sénégal, c’est très difficile d’approcher les décideurs. Je peux vous dire que nous, on se fait arrêter à la porte par les gardiens directement. Quand on a un peu de chance, on accède aux secrétaires qui n’ont rien à faire de nos dossiers, de nos doléances. Et donc, non, c’est très difficile d’approcher les décideurs. Et donc, on n’hésite pas à circuler nous-mêmes sur le terrain. Mais comme je vous disais, nous, on est très persévérants. Donc, on ne décroche pas une seconde.

Présentateur : Tellement persévérants aussi que vous avez inventé d’autres articles, d’autres sujets. Alors, est-ce que vous pouvez revenir sur cela ?

Thiam : Oui, voilà. Alors, je ne sais pas si on va voir les images. Ma première invention brevetée, je dirais, c’est cette corbeille urbaine. En fait, il n’y a rien de compliqué. C’est juste une corbeille avec un design un peu futuriste et un système d’ouverture qui permet de récupérer les déchets.

Présentateur : C’est cette corbeille-là ?

Thiam : Voilà. Et qui permet de récupérer les déchets très facilement. Ensuite, elle va évoluer vers un deuxième modèle compartimenté pour le tri des déchets. Puisque mon frère me disait toujours que tu verras dans quelques années, les déchets, les ordures ménagères seront une matière première cotée en bourse bientôt.

Présentateur : C’est clair. On dit bien souvent d’ailleurs qu’il y a de l’or dans les ordures.

Thiam : Complètement. Je peux faire une parenthèse ? L’inventeur Adama Christian Diop, ce qu’il a fait, il a exploité l’énergie de l’urine. Avec l’acidité de l’urine, il a repris le principe de la pile et il produit de l’énergie avec. C’est un déchet comme un autre.

Présentateur : Donc en attendant une commercialisation de toutes ces inventions-là, on peut dire que vous, en tout cas, vous ne vivez pas de cela. Ce n’est pas cela qui vous nourrit. D’autant plus qu’on a du mal à consommer local ici.

Thiam : Oui, c’est ça. On a beaucoup de mal à consommer local. Il y a une mentalité un peu, je dirais, complexée où on est fier de dire, regarde mon produit vient des Etats-Unis, de ceci, de cela. Mais comme je vous dis, les mentalités évoluent quand même. Et on aime bien avoir quand même ce côté authentique. Vous devez connaître le grand mécanicien, électromécanicien Béla Ndiaye qui a créé une voiture de marque sénégalaise, la Cingheli. C’est un ami aussi. On est dans le même réseau exactement. Et d’ailleurs, il m’a engagé pour faire le design de l’avion qu’il est en train de concevoir. Et lui, il est exactement dans cette mentalité-là. Et moi, je dirais que quand on voit sa voiture, on a envie de l’acquérir parce que c’est un produit, je dirais, collector et il y a une dimension authentique. Et là, si vous voulez, on arrive à dépasser le côté complexé, etc. La tendance s’inverse. On devient fier d’avoir un produit sénégalais.

Présentatrice : Vous avez dit tout à l’heure que vous avez essayé d’approcher des décideurs et que c’était très compliqué. Vous avez tenté d’approcher qui ? Vous avez pris des rendez-vous et tout ça et ça n’a pas été fait ?

Thiam : Oui, alors quand on vient se présenter physiquement pour prendre des rendez-vous, on nous dit non, il faut passer par la procédure, mettre un courrier, etc.

Présentatrice : C’est la procédure qui est longue, d’accord.

Thiam : Voilà, on a déposé des courriers un petit peu partout. Alors, il n’y a que le ministère de l’Urbanisme qui nous a répondu en nous félicitant que tout ça est très bien et magnifique et qu’ils nous contacteront éventuellement, etc.

Présentatrice : Très bien, tant mieux.

Présentateur : Et vous attendez toujours l’appel ?

Présentatrice : Ma petite question, si tu permets Ali Badarachian, c’est par rapport aux avancées qu’il y a aujourd’hui dans le milieu de l’invention de manière générale parce que quand je vois ce lit, il est manuel quand même. Et on sait qu’aujourd’hui, il y a quand même des lits beaucoup plus sophistiqués avec même des télécommandes, je dirais même des lits intelligents.

Thiam : C’est ça, bien sûr.

Présentatrice : Qui peuvent faire beaucoup de choses par eux-mêmes. Est-ce qu’on n’est pas un peu en retard ?

Thiam : Alors oui, on est en retard. Mais si vous connaissez la fable du Lièvre et de la Tortue, il suffit d’avancer à son rythme et de ne jamais s’arrêter. Si on ne s’arrête pas et qu’on ne va pas en arrière, mais on est toujours dans une tendance évolutive. Et comme je disais tout à l’heure, il suffit que ce premier prototype abouti décolle. Immédiatement, on va passer à une version, comme je disais, plus sophistiquée avec de l’électronique, de l’informatique. On a de très grands électroniciens à Kinchasa. Il y a par exemple Doji et Modungom. C’est des électroniciens qui arrivent à vous programmer n’importe quel appareil électronique. Ils arrivent à le brancher à une carte, à le brancher à un ordinateur et à le commander. Que ce soit une perceuse électrique ou n’importe quoi, ils arrivent à le commander avec un ordinateur. Donc c’est des gens avec qui on est en collaboration.

Présentateur : Ce ne sont pas les inventeurs qui font le défaut, mais plutôt les structures d’accompagnement.

Thiam : Je trouve que c’est facile de critiquer. Je pourrais être là et dire que l’État ne nous aide pas, blablabla. Mais c’est à nous d’abord d’être persévérants, d’être organisés, de croire à ce qu’on fait, d’aller jusqu’au bout. Et je pense que naturellement, les choses vont s’installer. Et que ce n’est plus nous qui allons courir derrière les autorités, mais c’est eux qui vont se rapprocher de nous, tout simplement.

Présentatrice : Très bien. Et ça me rappelle cette petite anecdote, ou cette phrase en tout cas, que nous a envoyée un internaute et qui dit « Crois fermement en ce que tu fais et fais-le bien et tu réaliseras tes ambitions. » .

Thiam : Complètement. Tout à fait.

Présentatrice : Le clip du jour, c’est la suite. Vous restez sur le plateau avec nous, Babacar Thiam. Merci beaucoup. La suite, ce sera également la chronique high tech avec Amadou. D’ailleurs, il va vous rejoindre un tout petit peu dans son sujet ce matin. N’est-ce pas, Amadou ?

Amadou : Nous allons parler des objets connectés. Donc certainement une évolution future pour celui-là.

Présentatrice : Donc voilà, rendez-vous tout à l’heure. Des objets connectés. Et vous pouvez déjà commencer à commenter cela sur notre page Facebook. Le clip, le journal. Restez avec nous.

  1. Quels étaient les conseils donnés à l’architecte pour savoir dessiner un hôpital ?
  2. Quelle est la première invention de l’architecte ? Pourquoi dit-il que cet objet est une véritable « philosophie » ? Quel en est l’objectif derrière cet objet ?
  3. Quel est le problème quand il essaie de parler de ses projets aux décideurs ?
  4. Quelle est sa deuxième invention ?
  5. Que disent les personnes sur l’avenir des déchets (des ordures) et pourquoi est-ce pertinent pour la question de l’urbanisme et de l’architecture ou du design ?
  6. Pourquoi est-ce que c’est difficile de consommer des produits locaux au Sénégal ? Comment évoluent les mentalités cependant ?
  7. Quelles sont les autres inventions à partir de déchets par les inventeurs sénégalais Adama Christian Diop, et de Baila Ndiaye que l’architecte mentionne ?
  8. Que répond l’architecte à la femme qui demande si son travail n’est pas quand même « en retard » car il est loin de produits technologiques et intelligents ?
  9. Si le premier prototype du lit marche bien, quel espoir y-a-t-il pour l’avenir de ce lit et pourquoi est-ce que l’architecte est confiant ?
  10. Que dit l’architecte sur le fait que l’État n’aide pas avec des subventions ?

Partie 2

Tâche

Maintenant c’est à vous de trouver des choses intéressantes ou bien controversées à propos de l’architecture, de l’urbanisme et du patrimoine. Faites des recherches sur Internet pour trouver un article dans un journal français ou francophone (Le Monde, Libération, La Presse, L’Express, Le Figaro, etc.), un site web d’actualités francophones (TV5Monde, RF1, etc.), ou bien d’autres sites d’informations (France Culture, par exemple) où vous pourriez trouver des clips, des vidéos ou des podcasts. Vous pourriez également chercher une chanson, une série à la télé, ou bien un film qui nous renseigne sur quelque chose qui se passe actuellement en France ou dans un autre pays francophone concernant les villes, leur développement et l’importance du patrimoine.

Objectif

Expliquer le contenu du matériel que vous avez trouvé et expliquer pourquoi vous l’avez choisi.

Paramètres

  • Parlez pendant 2 à 3 minutes en français
  • Parlez – ne lisez pas
  • Soyez prêt ou prête à répondre aux questions

Considérations techniques

  • Choisissez votre temps verbal et respectez-le
  • Assurez-vous que votre public peut vous comprendre et vous suivre : choisissez votre vocabulaire avec soin
  • Détendez-vous et amusez-vous. Votre présentation nous intéresse !

Participation

  • Pendant les présentations de vos camarades de classe, remplissez une fiche pour chacune.

Rédaction

Imaginez que vous travaillez pour une entreprise qui promeut le patrimoine (culturel, naturel, architectural, …) de villes et d’institutions. En utilisant le subjonctif présent et passé quand nécessaire, écrivez un texte dans lequel vous incluez :

  • Quelle ville ou institution vous avez choisie
  • Pour quelles raisons vous l’avez choisie
  • Pourquoi il est important que vous promouviez cette ville ou cette institution
  • L’histoire de cette ville ou institution, en mentionnant des faits pertinents à votre cause
  • Ce qu’il faut que vous fassiez pour promouvoir cette ville ou institution

       Ecoutons

Cliquez pour entendre le podcast 

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                                                Créé par Clarisse Barbier Lee et Danielle Schablitsky

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